AFP/Derek Blair
Manuel de los Santos sur le parcours de St Andrews, le 1er octobre.
Manuel de los Santos
n'a qu'une jambe, qui lui suffit amplement pour jouer à merveille, mais
n'a pas assez de ses deux bras pour fêter ses coups les plus
spectaculaires. Sur le somptueux parcours de Kingsbarns - l'un des
trois golfs sur lesquels se déroule le
Dunhill Links Championship, avec ceux de
Saint Andrews
et de Carnoustie, ce jeune Dominicain de 25 ans, établi en France,
multiplie les exploits. Au départ de la troisième journée, samedi 3
octobre, il était 13
e ex-aequo. Epreuve du circuit européen,
le Dunhill Links Championship se joue en équipes - un professionnel et
un amateur - et donne lieu à un classement pour les professionnels et
un autre par équipes.
Manuel de los Santos suscite beaucoup de curiosité et provoque
beaucoup d'applaudissements. Si, au début de son parcours, son handicap
était autant salué que ses coups, ce n'est plus le cas au bout de
quelques trous : oubliée sa différence, seul compte son jeu. Sa frappe
de balle monumentale laisse rêveurs bon nombre de professionnels. "
Je
suis fier de ce que j'ai fait sur le parcours mais je n'en reviens pas,
s'étonne le champion, qui se déplace à l'aide de béquilles mais joue en
équilibre sur sa seule jambe. Cinq ans à peine après mes débuts, je me
retrouve dans le berceau du golf, à Saint Andrews, avec les meilleurs
joueurs d'Europe et quelques acteurs et grands sportifs. Mais il faut
que je reste concentré, je suis ici pour gagner le tournoi."
Si la grande majorité des amateurs doivent leur présence à leur
célébrité ou à leur portefeuille, Manuel de los Santos doit la sienne à
Allianz. Ce groupe d'assurance, très engagé dans le golf - avec
notamment la création d'un circuit français en 2007 et un partenariat
avec la société qui gère les parcours de Saint Andrews -, soutient
l'association française Handigolf à laquelle appartient le joueur,
considéré comme l'un des meilleurs joueurs handicapés du monde.
"JE ME SENS SUPERMAN"
Amputé de la jambe gauche en 2003 à la suite d'un accident de la circulation en
République Dominicaine,
Manuel de los Santos s'installe en France où réside Elena, qui
deviendra son épouse. Sa rencontre avec le golf s'est faite grâce à un
film de
Robert Redford,
La Légende de Bagger Vance, qui met en scène un joueur.
"Ce film a changé ma vie",
exulte Manuel, qui était promis à un bel avenir de joueur de base-ball
avant son accident. Dès le lendemain, il se rend sur un practice pour
taper des balles.
Depuis deux ans, il joue le circuit des
Grands Prix amateurs et joue quelques épreuves professionnelles de l'
Allianz Golf Tour en tant qu'invité. Son rêve est maintenant de devenir "pro" : "
Sur
un golf, je me sens superman, j'oublie toutes les souffrances de la
vie. Alors pas question de jouer en voiturette, je veux que l'on me
voit comme un joueur de golf, pas comme un malheureux qui a du mal à se
déplacer."
Sur les parcours mythiques de Saint Andrews et de Carnoustie, Manuel
de los Santos a aussi pour objectif de faire passer un message : "
Quel que soit ton handicap, tu peux faire beaucoup de choses, grâce à ta volonté et grâce à l'aide de gens généreux."
Jean-Louis Aragon (Saint Andrews, Ecosse, envoyé spécial)